La nuit dernière, Mylène Farmer n’a pas dû fermer l’œil. Elle a, sans doute, refait dans sa tête les pas de ses chorégraphies et vu défiler les paroles de ses chansons. Même les moutons dessinés par ce Saint-Exupéry qu’elle aime tant n’ont pu apaiser son agitation.
Son angoisse ? Décevoir ses fans. « C’est ce qu’elle redoute le plus », lâche Thierry Suc, son impresario. Le plus dur semble pourtant derrière la belle. Car ce show pharaonique, qu’elle présente ce soir et demain soir au Stade de France, est le point d’orgue de dix-huit mois de travail et d’une longue tournée.
Adapté pour le plein air, ce spectacle a été joué la semaine dernière en Suisse. Il n’a reçu que des louanges, et de la presse et du public. Ce samedi est déjà annoncé comme une date particulière. Ce soir-là , l’inoubliable Libertine fêtera ses quarante-huit ans.
« Je vais vous faire une confidence, il y a fort longtemps que je ne célèbre plus mon anniversaire, a-t-elle avoué, mardi dernier, à RTL. Mais pour être tout à fait franche, un anniversaire devant 80.000 personnes, c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre. Donc j’adore cette idée-là . Je vais essayer de ne pas pleurer », ironise-t-elle. Le public, son fervent « ami », a déjà prévu d’entonner la chanson de circonstance sur la fin du slow Rêver. Il y a fort à parier que les larmes couleront.
Mais avant cela, l’iris de Mylène Farmer, devenu nébuleuse, viendra crever l’écran géant. Au son de la batterie hypnotique, elle descendra de son piédestal, chevelure rousse ornée d’un diadème planté de croix, corps superbement moulé dans un costume d’écorchée signé Jean-Paul Gaultier, pour ouvrir le show avec Paradis inanimé.
Deux immenses squelettes inspirés du Transit, une sculpture du XVe siècle, seront les gardiens de l’escalier central lumineux, tandis que les mannequins, placés dans une sorte de bibliothèque (et qui rappellent la poupée qui illustre la pochette de Point de suture, son dernier album), s’animeront en fonction des tableaux imaginés par Mark Fisher.
Fouillée, fantomatique, baignée de noirceur et de gigantisme, cette scénographie sera appuyée par des effets visuels léchés signés Alain Escalle et les jeux de lumière épatants de Dimitri Vassiliu. C’est dans cet écrin que la belle égrène, deux heures durant, ses plus grands tubes.
Je m’ennuie, XXL, Désenchantée, Appelle mon numéro, Sans contrefaçon, Libertine, Pourvu qu’elles soient douces, C’est dans l’air, Dégénération… Au piano, Yvan Cassar soulignera la subtilité des mots de l’artiste au moment où elle susurre, sur une avant-scène qui la rapproche de son public, ses plus belles ballades : Point de suture, Ainsi soit je…, Nous souviendrons-nous.
Puis les projecteurs s’éteindront. Mylène Farmer redeviendra Mylène Gauthier, son véritable état-civil. Et Mylène retrouvera la pâleur de la nuit.
« J’ai ce paradoxe en moi. Je suis capable de vivre aussi bien dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière. Je suis de nature discrète en général, de nature timide parfois, mais l’éclat
de rire fait partie de moi aussi. Je crois que j’ai cette force qui me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment où j’en ai le plus besoin. Ce métier est quelque
chose qui m’a aidée à m’incarner. Il est fondamental. » Mylène pourra alors dormir tranquille. Avec le sentiment que peut-être, on ne l’oubliera pas.
http://www.francesoir.fr/musique/2009/09/11/mylene-farmer.html